Femmes africaines en immigration : quels parcours et quelles pratiques ? L'exemple de Christine Adjahi

Texte publié dans "Mots pluriels", no 23. mars 2003.

 

Immigration, intégration : deux mots à la mode en Europe et qui sont au centre des débats : réflexions sur les stratégies et processus de résolution des différents problèmes liés à la présence des immigrés, hommes, femmes et enfants dans les pays européens. Les femmes africaines sont particulièrement intéressantes à étudier à cause du cliché « femmes soumises » qui leur colle à la peau à travers les médias.

Mais en réalité, quelle est la place de la femme dans la société africaine ? Comment s'est-elle retrouvée en situation d'immigrée et quelles sont ses pratiques culturelles ?

Sans la prétention de traiter en profondeur les caractéristiques de la femme africaine, je me permettrai de la

resituer dans son contexte socioculturel : ce qui a motivé son départ en immigration et ses choix d'intégration, à partir de mon itinéraire de femme africaine d'origine béninoise, docteur en géographie, enseignante et conteuse.

Le monde dans lequel nous vivons est dominé par les hommes ; pour s'en apercevoir, il suffit de regarder dans deux directions : celle du pouvoir, et celle de la propriété et des moyens de production.

 

La majorité des femmes, même dans les pays développés, est exclue des centres de pouvoir et des décisions de possession. En Afrique en général et au Bénin en particulier, les femmes n'échappent pas à la règle de domination des hommes. Il y a néanmoins une nuance de taille : elles sont plus libres et plus entreprenantes qu'on ne le pense en occident. L'exemple des femmes du Bénin nous éclaire un peu.

 

Le Bénin est un petit pays de plus de 6 millions d'habitants, situé en Afrique de l'Ouest, entre le Niger et le Burkina Faso au nord, le Togo à l'ouest, le Nigeria à l'est et l'Océan Atlantique au sud. Les femmes y représentent 51 % de la population. Leur contribution au développement du pays est importante quel que soit le secteur considéré, formel et informel.

Dans la vie rurale, elles se retrouvent en amont comme en aval du processus de développement de la communauté rurale, même si les conditions de vie ne sont pas toujours faciles.

 

En dehors des fonctions traditionnelles de femme, mère et éducatrice, les femmes béninoises se distinguent par leur dynamisme et leur omniprésence dans la vie économique du pays, sans oublier leur passé guerrier dans l'histoire du Bénin (Dahomey d'alors). Même analphabètes, les Béninoises font preuve d'une combativité qui fait d'elles les championnes du commerce de gros et de détail. Elles sont omniprésentes, non seulement dans le commerce, mais aussi dans la restauration, la transformation des produits agricoles, la coiffure, la mode, la création artistique, et la vie politique.

 

Elles se déplacent en Europe, en Amérique et partout ailleurs pour le besoin des affaires. Il suffit de se rendre dans les grands marchés, où se font 90% des échanges commerciaux pour apprécier la place indiscutable de la femme dans la vie économique. De plus en plus au Bénin, au Togo, au Cameroun et dans beaucoup d'autres pays africains, se crée une nouvelle génération de femmes d'affaires qui vont négocier directement avec les fournisseurs et décrochent souvent des contrats d'exclusivité.

 

Dans la vie politique, même si elles sont minoritaires, les femmes sont de plus en plus présentes et occupent des postes de responsabilité.

Dans l'histoire contemporaine, les femmes amazones du Dahomey ( ancien nom du Bénin) ont joué un rôle indéniable pendant la période coloniale. Les Amazones constituaient l'élément permanent de l'armée dahoméenne, elles ont beaucoup fait parler d'elles ; on les a comparées aux femmes guerrières de Dédore et Plutarque, à ces intrépides combattantes de la Cappadoce, mutilées et vouées au célibat, qui faisaient trembler leurs ennemis.

 

L'origine de cette armée remonte à peu près au début du 19ème siècle. Guezo, l'un des illustres roi du Dahomey savait qu'en cas de révolte, si l'accès à son palais et l'approche de sa personne étaient impossibles, il restait maître de la situation. Il lui fallait pour le défendre une garde puissante et aguerrie, capable de résister à sa propre armée, et capable d'inspirer à cette même armée une crainte salutaire. Il ne pouvait compter que sur des femmes. Les amazones furent créées.

 

Ce corps d'élite avait une valeur guerrière et une discipline merveilleuse. Sept ou huit ans après, le corps des amazones se montait à plus de 10.000 femmes, bien armées et remarquables par leur agilité et leur bravoure. En leur qualité de gardes du palais, elles furent chargées du service intérieur des différentes résidences du roi pendant les courts loisirs que leur laissait leur exercice.

En 1851, Guezo changea ses gardes du corps en véritables guerrières qui se distinguèrent particulièrement par leur comportement à la bataille d'Abeokuta. Elles devinrent donc la meilleure partie, l'élite, de l'armée dahoméenne.

Aujourd'hui, nous portons un autre regard sur la femme béninoise en situation d'immigration, hors de son aire géographique et de ses repères socioculturels.

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